26 janvier 2026
L’Association Solidarité Internationale pour la Paix (ASIP) suit avec attention les développements politiques et sécuritaires concernant les régions kurdes et le nord-est de la Syrie.
Après plusieurs décennies de discrimination, de privation de nationalité et de restrictions concernant l’identité et la langue kurdes, les mesures annoncées par les nouvelles autorités syriennes en janvier 2026 constituent une évolution importante qui doit maintenant être traduite dans les faits et consolidée par des garanties juridiques durables.
Le décret présidentiel annoncé le 16 janvier 2026 reconnaît les citoyens syriens kurdes comme une composante intégrante du peuple syrien et leur identité culturelle et linguistique comme une partie de l’identité nationale du pays.
Le texte reconnaît également la langue kurde comme langue nationale, prévoit la possibilité de son enseignement et cherche à remédier aux conséquences des politiques de privation de nationalité issues notamment du recensement de 1962 dans le gouvernorat de Hassaké. Il reconnaît également Norouz comme fête nationale et comporte des dispositions contre la discrimination ethnique et linguistique.
L’ASIP considère cette reconnaissance comme une mesure positive.
Pendant des décennies, de nombreux Kurdes de Syrie ont subi des politiques de marginalisation affectant leur nationalité, leur langue, leurs droits culturels et leur participation à la vie publique.
La reconnaissance de ces injustices historiques est nécessaire pour construire une Syrie fondée sur une citoyenneté égale.
Cependant, les déclarations et les décrets ne suffiront pas.
Les droits reconnus doivent être effectivement applicables, protégés par la loi et garantis par des institutions indépendantes.
Ils ne doivent pas dépendre de circonstances politiques temporaires ni être remis en cause au gré des rapports de force militaires.
L’ASIP est également préoccupée par les affrontements ayant opposé les forces gouvernementales syriennes et les Forces démocratiques syriennes ainsi que par les déplacements de population et les risques encourus par les civils.
Le conflit entre Damas et les autorités du nord-est ne peut avoir de solution durable par la force militaire.
L’intégrité territoriale de la Syrie et les droits des communautés qui composent le pays ne sont pas nécessairement contradictoires.
Il est possible de préserver l’unité de l’État tout en garantissant une véritable participation politique, des droits linguistiques et culturels, une administration équitable et une représentation effective des populations locales.
L’ASIP appelle les autorités syriennes et les représentants kurdes à privilégier les négociations et à éviter toute reprise des hostilités.
Nous appelons notamment à :
- garantir pleinement la citoyenneté à tous les Kurdes qui en ont été privés ;
- mettre en œuvre effectivement la reconnaissance de la langue kurde et des droits culturels ;
- permettre son enseignement dans les conditions définies par une législation nationale respectueuse de la diversité ;
- assurer une représentation réelle des Kurdes au sein des institutions politiques, administratives, judiciaires et sécuritaires ;
- protéger les populations civiles de toute opération militaire ;
- garantir le retour volontaire, sûr et digne des personnes déplacées ;
- intégrer les femmes et les représentants de la société civile aux négociations sur l’avenir du nord-est de la Syrie ;
- inscrire durablement l’interdiction de la discrimination ethnique, linguistique et religieuse dans le cadre constitutionnel du pays.
Ces garanties ne doivent pas concerner uniquement les Kurdes.
Les Druzes, les Alaouites, les chrétiens, les Yézidis, les Turkmènes, les Assyriens, les Arméniens et toutes les autres composantes de la société syrienne doivent bénéficier des mêmes principes d’égalité et de protection.
La nouvelle Syrie ne pourra pas être construite en remplaçant une domination par une autre.
Elle doit tirer les enseignements des politiques qui, pendant des décennies, ont marginalisé certaines populations, nié certaines identités et empêché une véritable participation politique.
Reconnaître l’identité kurde et les droits linguistiques et culturels des Kurdes ne menace pas nécessairement l’unité de la Syrie.
Une unité fondée sur la reconnaissance volontaire de la diversité est plus solide qu’une unité imposée par l’assimilation ou par la force.
L’ASIP appelle toutes les parties à transformer les avancées annoncées en janvier 2026 en un véritable processus politique fondé sur le dialogue, l’égalité et le respect mutuel.
La question kurde en Syrie ne doit plus être traitée comme un problème sécuritaire.
Elle doit être abordée comme une question de droits, de citoyenneté, de participation démocratique et de reconnaissance.
Association Solidarité Internationale pour la Paix – ASIP
Genève, Suisse
