La reconstruction ne doit ni exclure les communautés concernées ni priver les personnes déplacées de leurs logements, de leurs terres et de leurs biens.
Genève, 30 septembre 2026 – L’Association Solidarité Internationale pour la Paix (ASIP) appelle les autorités syriennes, les États donateurs, les institutions financières et les investisseurs participant à la reconstruction de la Syrie à placer les droits humains au centre de tout projet de relèvement et de développement.
Après plus d’une décennie de guerre, reconstruire la Syrie est une nécessité urgente. Des quartiers entiers ont été détruits, des infrastructures essentielles sont hors service et des millions de Syriens vivent encore loin de leur domicile.
Mais reconstruire un pays ne signifie pas seulement reconstruire des routes, des immeubles ou des infrastructures.
Il faut également reconstruire la confiance.
Pour de nombreuses familles syriennes, une maison détruite représente bien davantage qu’un bâtiment. Elle constitue parfois le résultat du travail de plusieurs générations, le seul patrimoine familial et le lieu auquel restent attachés leurs souvenirs.
Les personnes qui ont fui la guerre ou la persécution ne doivent pas découvrir, au moment de leur retour, que leur terrain a été transféré, que leur propriété est intégrée à un projet immobilier ou qu’une décision concernant leur quartier a été prise sans qu’elles aient été consultées.
Des recherches publiées en septembre 2026 montrent que plusieurs grands projets de reconstruction sont engagés alors que persistent d’importantes lacunes concernant la participation des habitants, la protection des droits de propriété et les voies de recours offertes aux personnes déplacées.
Cette situation mérite une attention immédiate.
La reconstruction ne doit pas reproduire les injustices du conflit.
Elle ne doit pas devenir un mécanisme permettant de modifier durablement la composition démographique de certaines régions, d’exclure les réfugiés et les déplacés ou de favoriser certaines catégories de citoyens au détriment d’autres.
L’ASIP souligne particulièrement la situation des personnes appartenant aux communautés qui ont été déplacées au cours du conflit ou qui continuent de craindre pour leur sécurité.
Les Kurdes, les Druzes, les Alaouites, les chrétiens, les Yézidis, les Assyriens, les Arabes et toutes les autres composantes de la société syrienne doivent bénéficier des mêmes garanties.
Aucun Syrien ne devrait perdre son logement ou ses terres en raison de son origine ethnique, de sa religion, de son appartenance politique réelle ou supposée, ou simplement parce qu’il a été contraint de quitter le pays.
Le retour des réfugiés doit demeurer volontaire, sûr et digne.
Il serait particulièrement préoccupant que la pression exercée sur des réfugiés pour qu’ils rentrent en Syrie soit accompagnée, à leur arrivée, de l’impossibilité de récupérer leurs biens ou d’accéder aux services essentiels.
Dans certaines localités, les personnes revenues après plusieurs années de déplacement trouvent encore des habitations détruites et un accès insuffisant à l’eau, à l’électricité, aux écoles ou aux services médicaux.
Ces réalités doivent être prises en compte avant de considérer qu’une région permet un retour durable.
L’ASIP appelle les autorités syriennes à mettre en place un cadre transparent garantissant le droit au logement, à la propriété et à un recours effectif.
Les habitants concernés doivent être consultés avant l’approbation de grands projets de reconstruction. Les procédures d’expropriation doivent respecter la loi, poursuivre un objectif légitime et prévoir une indemnisation juste ainsi qu’une possibilité réelle de recours devant une autorité indépendante.
Les documents relatifs aux propriétés détruites ou abandonnées pendant le conflit doivent également être préservés.
Une attention particulière doit être portée aux familles qui ont perdu leurs documents officiels pendant la guerre et aux femmes dont les droits de propriété peuvent être fragilisés par des pratiques administratives ou sociales discriminatoires.
L’ASIP appelle par ailleurs les investisseurs et les bailleurs internationaux à exercer une diligence raisonnable avant de financer ou de participer à des projets.
Un investissement ne devrait pas être considéré comme une contribution à la paix s’il repose sur une propriété confisquée, s’il prive des habitants de leur logement ou s’il ignore les droits des personnes déplacées.
La reconstruction représente une occasion historique.
Elle peut contribuer au retour des réfugiés, à la création d’emplois, à la restauration des services publics et à la réconciliation.
Mais elle peut aussi devenir une nouvelle source de conflit si certaines populations ont le sentiment que l’avenir du pays se construit une nouvelle fois sans elles.
La Syrie a besoin d’investissements.
Elle a surtout besoin d’une reconstruction juste.
Les bâtiments peuvent être reconstruits rapidement.
Reconstruire la confiance entre les citoyens et les institutions prendra beaucoup plus de temps.
Chaque décision prise aujourd’hui doit donc contribuer à cette confiance plutôt qu’à créer les injustices de demain.
Association Solidarité Internationale pour la Paix – ASIP
Genève, Suisse
