10 octobre 2025
À l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, l’Association Solidarité Internationale pour la Paix (ASIP) exprime sa très profonde inquiétude face à l’augmentation spectaculaire du nombre d’exécutions en République islamique d’Iran.
La peine capitale continue d’être appliquée à un rythme extrêmement préoccupant, dans un contexte marqué par des violations persistantes des garanties d’un procès équitable, des restrictions à l’accès à un avocat indépendant et des allégations récurrentes de torture et d’aveux obtenus sous la contrainte.
Selon le rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la situation des droits humains en Iran, au moins 612 personnes avaient déjà été exécutées entre janvier et juin 2025. Ce chiffre représentait une augmentation de 119 % par rapport à la même période en 2024.
L’ampleur de cette augmentation doit conduire à une mobilisation internationale urgente.
La situation des personnes appartenant aux minorités ethniques est particulièrement préoccupante.
Les données présentées par le Rapporteur spécial des Nations Unies montrent une représentation disproportionnée des Baloutches parmi les personnes exécutées pour des infractions liées aux stupéfiants et des Kurdes parmi celles exécutées ou condamnées pour des infractions liées à la sécurité nationale. Le rapport souligne notamment que les Kurdes représentaient plus de la moitié des exécutions connues pour des infractions sécuritaires pendant la période étudiée.
Cette disproportion ne peut être dissociée des discriminations structurelles et des difficultés d’accès à la justice auxquelles sont confrontées certaines communautés.
L’ASIP est également préoccupée par le recours à la peine capitale dans des affaires à caractère politique.
Les procédures spéciales des Nations Unies sont intervenues le 5 septembre 2025 concernant six hommes qui se trouvaient, selon les informations reçues, sous la menace d’une exécution imminente après un procès entaché d’allégations de torture et d’irrégularités graves.
Lorsque la peine de mort est prononcée à l’issue de procédures ne respectant pas les garanties fondamentales d’un procès équitable, le caractère irréversible de l’exécution rend toute erreur judiciaire impossible à réparer.
Le droit international limite strictement l’utilisation de la peine capitale dans les États qui ne l’ont pas encore abolie. Elle ne peut être appliquée que pour les crimes les plus graves, notion que le Comité des droits de l’homme des Nations Unies limite essentiellement aux crimes impliquant un homicide intentionnel.
Les infractions liées aux stupéfiants, les opinions politiques, l’expression pacifique, l’activité journalistique ou l’exercice des libertés fondamentales ne devraient jamais conduire une personne à l’échafaud.
L’ASIP appelle les autorités iraniennes à suspendre immédiatement toutes les exécutions et à instaurer un moratoire officiel sur l’application de la peine capitale en vue de son abolition.
Nous demandons également que toutes les condamnations à mort prononcées à la suite de procédures ne respectant pas les normes internationales soient réexaminées de manière indépendante ; que toute personne accusée d’une infraction passible de la peine capitale bénéficie dès le début de la procédure de l’assistance effective d’un avocat de son choix ; que toute allégation de torture fasse l’objet d’une enquête indépendante ; et qu’aucun aveu obtenu sous la torture ou la contrainte ne soit utilisé devant les tribunaux.
Les autorités doivent également rendre publiques des statistiques complètes et transparentes sur les condamnations à mort et les exécutions, notamment des données permettant d’évaluer leur impact sur les femmes et les différentes communautés ethniques et religieuses.
Les familles doivent être informées suffisamment à l’avance des exécutions et pouvoir rendre une dernière visite à leurs proches. Le corps des personnes exécutées doit être restitué aux familles et celles-ci doivent pouvoir organiser des funérailles et vivre leur deuil sans intimidation.
L’ASIP appelle enfin les Nations Unies, l’Union européenne, les États et les organisations internationales de défense des droits humains à maintenir la question de la peine de mort en Iran parmi leurs priorités.
Chaque exécution est irréversible.
Lorsque des centaines de personnes sont exécutées dans une période aussi courte, le silence international risque d’être interprété comme une forme d’acceptation.
La défense du droit à la vie ne doit dépendre ni de la nationalité, ni de l’origine ethnique, ni de la religion, ni des opinions politiques de la personne condamnée.
L’ASIP réaffirme son opposition à la peine capitale et appelle à son abolition universelle.
Association Solidarité Internationale pour la Paix – ASIP
Genève, Suisse
