24 mars 2026

Il existe une souffrance particulière que connaissent les familles des personnes disparues.

Ne pas savoir.

Ne pas savoir si un fils est vivant ou mort. Ne pas savoir où une mère a été détenue. Ne pas savoir dans quelle prison se trouve un frère. Ne pas savoir où repose le corps d’un proche.

Cette incertitude peut durer des années, parfois des décennies.

À l’occasion de la Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes, l’Association Solidarité Internationale pour la Paix (ASIP) souhaite placer ces familles au centre de son message.

Le droit à la vérité n’est pas une demande secondaire.

Il fait partie du droit des victimes et de leurs proches à la justice, à la dignité et à la réparation.

Dans les cas de disparition forcée, d’exécution extrajudiciaire, de torture, d’enlèvement ou de détention secrète, les familles ont le droit de savoir ce qui s’est produit, où se trouve la victime, qui était responsable et dans quelles circonstances les faits ont été commis.

La Syrie illustre tragiquement l’importance de cette question.

Après plus d’une décennie de conflit et de répression, des dizaines de milliers de familles continuent de rechercher des proches disparus, arrêtés, enlevés ou dont le sort demeure inconnu.

Certaines personnes ont disparu dans les prisons de l’ancien régime.

D’autres ont été enlevées ou portées disparues dans des zones contrôlées par différents groupes armés.

Des familles cherchent parfois depuis plus de dix ans une simple réponse.

La transition que connaît aujourd’hui la Syrie offre une occasion historique de traiter enfin cette question avec sérieux.

Les archives doivent être protégées.

Les lieux de détention doivent être documentés.

Les fosses communes doivent être sécurisées et examinées selon les normes médico-légales internationales.

Les familles doivent être associées au processus.

La recherche des disparus ne doit jamais devenir un outil de négociation politique.

Le même principe s’applique partout où existent des allégations de disparition forcée ou de détention au secret.

En Iran, les périodes de répression politique et de manifestations ont également été accompagnées d’informations concernant des personnes détenues dont les familles ne connaissaient pas immédiatement le lieu de détention ou la situation.

Empêcher une famille de savoir où se trouve son proche expose également la personne détenue à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

La vérité est également nécessaire pour les communautés victimes d’atrocités collectives.

À Soueïda, dans les régions côtières syriennes ou dans d’autres zones touchées par des violences communautaires, il faut établir avec précision qui a été tué, qui a disparu, ce qui s’est passé et qui porte la responsabilité des crimes.

La vérité ne doit jamais être remplacée par des récits politiques construits pour protéger un camp ou accuser collectivement une communauté.

La responsabilité est individuelle.

La mémoire, elle, appartient à toute la société.

L’ASIP considère que tout processus crédible de justice transitionnelle doit reposer sur quatre éléments complémentaires : la vérité, la justice, la réparation et les garanties de non-répétition.

Sans vérité, les rumeurs et les récits contradictoires se substituent aux faits.

Sans justice, l’impunité encourage de nouvelles violations.

Sans réparation, les victimes restent seules face aux conséquences de ce qu’elles ont subi.

Et sans réforme des institutions ayant permis ces violations, le risque de répétition demeure.

La recherche de la vérité ne doit pas non plus être confondue avec la vengeance.

Son objectif n’est pas de transmettre la culpabilité d’un individu à sa famille, à son groupe religieux ou à sa communauté.

Son objectif est d’établir les faits, d’identifier les responsabilités individuelles, de reconnaître les souffrances des victimes et de permettre à la société de comprendre son passé.

L’ASIP appelle les autorités concernées à préserver les archives, à protéger les témoins, à garantir l’indépendance des enquêtes et à faciliter l’accès des familles aux informations concernant leurs proches.

Nous appelons également la communauté internationale à soutenir les mécanismes de recherche des personnes disparues, les capacités médico-légales, la conservation des preuves et les organisations de familles de victimes.

Il faut aussi protéger celles et ceux qui recherchent la vérité.

Les journalistes, avocats, défenseurs des droits humains, enquêteurs, familles de disparus et organisations de la société civile ne doivent jamais être intimidés parce qu’ils demandent des réponses.

On ne peut pas construire une paix durable en demandant aux victimes d’oublier.

On ne peut pas demander à une mère de tourner la page lorsqu’elle ignore encore où se trouve son enfant.

La réconciliation authentique commence lorsque les faits sont reconnus.

La dignité des victimes exige la vérité.

Association Solidarité Internationale pour la Paix – ASIP
Genève, Suisse